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Les dirigeantes de l’industrie financière africaine s’engagent pour l’égalité des genres

29 avril 2021

A l’occasion de l’Africa Financial Industry Summit (AFIS) qui s’est tenu en digital les 10 et 11 mars 2021, une session privée a réuni les dirigeantes de l’industrie financière africaine. Enthousiasmante, cette première réunion a déjà donné lieu à un certain nombre de résolutions.

 

Une heure et demi d’une discussion enlevée et passionnée ponctuée par la promesse de se retrouver au plus vite pour poursuivre sous une forme ou une autre ce type d’initiative, c’est ce à quoi a abouti l’atelier dédié aux femmes dirigeantes du secteur financier organisée lors du Africa Financial Industry Summit des 10 et 11 mars dernier. Emmenée par Lamia Merzouki, DG adjointe de Casablanca Finance City Authority, Global Co-Chair, Financial Centres for Sustainability (FC4S),  et co-lead du réseau Women Working for Change, une quinzaine de femmes dirigeantes, leadeures  du secteur de la finance, se sont réunies autour de la question de la promotion des femmes dans le secteur de la finance en Afrique.  De la création d’une CVthèque à l’instauration d’un fond panafricain pour financer la promotion des femmes dans le secteur, les propositions ont été nombreuses afin lever les barrières qui freinent l’ambition d’une plus grande égalité des genres dans le secteur financier. Des questions d’autant plus d’actualité à l’heure où la crise sanitaire mondiale a tendance à accentuer les inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail en Afrique comme au niveau mondial.

 

Les freins à lever pour un leadership au féminin

Le constat d’un déficit de parité dans le monde de la finance et du risque qu’il se perpétue si rien ne change a fait consensus dès le premier tour de table : “ Aussi bien pour les postes juniors que pour les postes à responsabilité on observe une forte surreprésentation masculine ”, a ainsi relayé Martine Valcin, directrice Global corporate governance à l’International Finance Corporation (IFC). Toutes les participantes ont pointé du doigt la difficulté à instaurer une représentativité au sein du secteur en Afrique alors que plus de 54% des Africains sont des Africaines. Un manque de diversité présent dès le début des carrières, entrainant des difficultés pour les femmes à accéder aux fonctions dirigeantes. Principal frein dénoncé par plusieurs professionnelles du secteur : l’absence de politiques concrètes en faveur d’une meilleure représentation des femmes ou, lorsqu’elles existent le manque de moyens et de volonté pour réellement les mettre en œuvre. “Nous avons dit que nous voulions plus de femmes dans notre organisation mais, concrètement, aucune mesure ne vient pénaliser quiconque si l’objectif de 30% de femmes au sein du conseil d’administration n’est pas atteint ”, a par exemple témoigné Patience Akyianu, CEO Ghana chez Hollard Insurance. Certaines structures n’hésitent pourtant pas à user de l’incitation financière pour encourager à la diversité au sein des équipes, comme l’a expliqué Aïda Diarra, Senior Vice President and Sub-Saharan Africa Group Country Manager chez Visa International  : “En Afrique du Sud, nous avons un objectif clair de diversité de genre de 50% que nous devons atteindre chaque année. Et si je ne l’atteins pas, je n’obtiens pas de prime.”

 

Des réseaux et des financements : les solutions pour renforcer la place des femmes mise à mal par la crise sanitaire

Pour répondre à ce besoin crucial d’une meilleure représentativité des femmes à tous les niveaux hiérarchiques, les participantes ont été unanimes sur la nécessité de constituer des réseaux qui prennent en compte l’ensemble des aspects d’une carrière : de la formation à l’accès aux plus hauts postes.

Pour formaliser ces réseaux, les initiatives comme les sessions dédiées à l’Africa CEO Forum ou à l’Africa Financial Industry Summit sont plébiscitées : “Le réseau est très important car lorsqu’il s’agit d’autonomiser les femmes, l’échange d’expertise est crucial, c’est ce que nous avons commencé à faire au cours de cette session, ce qui nous aide à briller”, explique Josiane Tchoungui directrice générale Bénin chez Orabank.

Autre initiative à mettre en place : la création de programme de mentorats pour repérer les talents et les faire émerger. A ce titre, toutes les professionnelles ont plébiscité la création d’une banque de CV de femmes africaines. Une idée qui aurait pour mérite de pallier l’absence d’un nombre de femmes suffisant pour prétendre aux postes à responsabilité. « L’idée développée ici de créer une base de données de CV partagée entre nous est excellente. Nous devons créer davantage d’opportunités les unes pour les autres. C’est un enjeu essentiel et urgent sur lequel nous devons travailler dès maintenant, »  a précisé Odyle Cardoso, membre exécutive du conseil d’administration de l’établissement financier angolais Banco Millennium Atlantico.

Or, pour concrétiser ces initiatives il faut les envisager dans une perspective panafricaine et apporter les financements nécessaires à leur mise en œuvre. Un impératif souligné par Haoua Cissé, directrice exécutive Mali chez UBA : “Il serait intéressant de créer un fonds d’investissement à travers l’Afrique et d’utiliser la microfinance pour aider celles qui en ont besoin à travers le continent”.

Ce besoin de ressources est d’autant plus urgent que les conséquences de la crise du Covid accentuent les inégalités en touchant en premier lieu les femmes : “Les secteurs d’activité qui ont été les plus lourdement impactés : l’industrie du tourisme, l’hôtellerie, le commerce informel, sont ceux ou les femmes sont très représentées”, n’a pas manqué d’observer Milkah Wachiuri Chief Growth Officer de Cellulant, qui appelle également à la mobilisation des institutions financières du continent voire même à la création d’une institution dédiée pour “mettre à disposition un fond mutuel afin d’aider les femmes à restaurer leurs entreprises« .